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A la une " Vacances, j'oublie rien... "
Un texte de Pierre Gaffié
www.different.fr

film : jeunesse dorée

Comme dirait Hegel ou Maïté, la notion de vacances est absolument consubstantielle au cinéma de fiction. Le cinéma, art du divertisssement (pour certains il n'est malheureusement que ça) crépite comme un bon feu à l'idée de pouvoir infliger à ses personnages les rituels des grandes ou petites escapades, sous le soleil ou sur la neige, à l'Est ou à l'Ouest.

Prenez Philippe Harel par exemple, merveilleux cinéaste de l'Extension du domaine de la lutte (adapté de Houellebeque) ou du sensible moyen-métrage Une visite avec Karin Viard. Dans quelques semaines va sortir (j'ai vu l'affiche cet après-midi dans un endroit tenu secret) la suite de ces Randonneurs, qui ont quitté les sentiers de la Corse pour aborder les joies du hors-bord.
Tout le casting suit, de Poelvoorde à Elbaz... Car, à vrai dire, comment résister à l'idée de marcher dans les tongs de Camping (le deux est pour bientôt), des Bronzés (le quatre est pour jamais) ou des nudistes chez leur curé ?
Les producteurs savent qu'ils tiennent là un filon.

Dans la jungle des films moqueurs ou faussement optimiste des films de vacances, un film fait exception : Liberté, Oléron de Bruno Podalydès. C'est un démontage cinglant et pourtant émouvant (car rien n'est plus émouvant que la vérité !) d'une famille de 4 enfants, dont le père s'ennuie colossalement chaque été à souffler dans les matelas pneumatiques, barboter un peu et se faire arnaquer à la créperie du coin (séquence d'anthologie où le serveur présente ses crêpes avec des noms pompeux empruntés à des peintres Italiens).

Tandis que sa femme engage un paysagiste pour donner de la "perspective" à son patio de trois mètres de long, le père (joué par Denis Podalydès) décide de passer à la vitesse supérieure : acheter un voilier et partir en famille à l'abordage de l'ile d'Oléron. Après s'être fait berner par un vendeur véreux (qui se fait shampouiner par son assistant quand il répond au téléphone, ou lui fait chanter les 4 saisons de Vivaldi pour imiter une musique d'attente), le pauvre touriste partira finalement en expédition Atlantique et va y connaître son "Shining". Il injuriera ses enfants, hurlera leur masturbations incessante ou leur pouffe de vacance, enverra sa femme quasiment par-dessus bord, et s'apprêtera à cogner le cadet avant de hurler : "Ne faites jamais d'enfants à vingt ans !".
Vous cherchez un vrai film de vacances, vous l'avez...
Car "vacances" signifie aussi amnésie, cette faculté insensée qu'a l'être humain de ne garder in fine, que les bons moments des vacances et à vouloir faire bonne figure envers et contre tous ses copains. D'ailleurs, à la fin du "boat-movie" qu'est Liberté Oléron, et la noyade collective (dont la famille réchappera grâce au paysagiste nu sur son trois mâts...) la mère semble avoir tout oublié quelques jours après. Devant ses voisines, le cauchemar devient une "expérience forte", sa blessure au front un joli souvenir d'aventure.

Il ne faut surtout pas mettre dans le même sac les vacances vues par le cinéma Français et celles vues par Hollywood ! Et ce pour une raison simple : aux Etats-Unis, les habitants ne possèdent que deux semaines de congés payés par an, et on aurait tort de sous-estimer ce détail dans la fabrication des scripts.
De ma mémoire remonte néanmoins un film doux-amer - Une vie à deux de Rob Reiner sur un couple qui tente de se redonner une impulsion amoureuse en faisant un grand voyage en Europe. Au début, Michelle Pfeiffer et Bruce Willis savourent l'escapade, mais se heurtent vite à LA grande contingences des voyages : même quand ils ne sont pas organisés, ils vous désorganisent vite ! Comme ce couple d'Amerloques qui leur met le grappin dessus et, à coup d'anecdotes, leur pourrissent les vacances... Il y a une très belle phrase dans le film, prononcée par le personnage de Willis à leur arrivée en Europe : "Ce sentiment de liberté, il faudrait le capturer et le mettre en bouteille pour en garder un peu pour le retour à la maison"...

Finalement les plus beaux films de vacances sont peut-être ceux qui montrent des personnages en train de se chercher plutôt que de se fuir. En témoigne l'adorable Jeunesse Dorée de Zaïda Ghorab-Volta (2001) où deux jeunes filles d'un milieu difficile à Colombes obtiennent une bourse et partent silloner la France pour prendre en photo des bâtiments architecturaux perdus au milieu de nulle part. De Besancon aux Pyrénées, des ZUP à une communauté de gars cools dans le Vercors, ce film sonne juste, et le bric et le broc de ces vacances devient un moyen pour ces deux jeunes filles de découvrir le monde, le vrai, avec une âme d'enfant. Elles y gagneront au passage plus d'acuité sur elle-même et pourront repartir d'un meilleur pied. Le film se termine dans un wagon du "petit train jaune" des Pyrénéés sur une chanson de Brigitte Fontaine.

Dans nos vies, les plus belles vacances sont souvent celles qui n'étaient pas prévues ou en tous cas pas prévisibles. Mais le cinéma, avec ses scripts rodés pour la télé, ou par les exigences des producteurs, n'aime pas l'imprévu...

Février 2008
 
Jeunesse dorée

Année de production : 2001
Blog Cinévacances
Nombreux sont les films de cinéma faisant référence aux vacances. Le blog Cinévacances a été crée pour débattre des grands classiques du cinéma mais aussi mettre le projecteur sur des films moins connus.

Nous demanderons à des journalistes, cinéastes et artistes d'autres horizons leurs impressions, souvenirs à propos de cinéma et de vacances.

Bonne lecture !

cinevacances.blogs.allocine.fr
 
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